esprit de famille

 

Non, je ne me prends pas pour Janine Boissard. Les aventures des soeurs Moreau ont enchanté mon adolescence solitaire et rêveuse, mais une tentative avortée de relecture plus tard, je trouve qu'elles n'ont pas si bien vieilli. Ou alors, c'est moi, qui n'ai plus la fraîcheur nécessaire pour apprécier la tribu de La Marette.

Bref, on s'égare. Tout du moins je m'égare. Parce que vous, lecteurs silencieux, vous êtes sans doute déjà en train d'abandonner cette page.

J'ai réalisé samedi en faisant les menus de la semaine que nous ne mangions plus ensemble au Donjon. Enfin, si, le jeudi. (Et le week-end, mais le week-end n'entre pas dans cette réflexion laborieuse).

Entre la danse de la Greluche, le judo du Jeunôme et de Barbe Bleue et mon yoga (Je suis la seule à avoir la décence d'aller à des cours de fitness avant l'heure du repas), il n'y a que le jeudi que nous puissions nous retrouver tous les 4 autour d'une table vers 20H.

Il s'avère que chez nous, le seul moment où nous pouvons parler tous ensemble a toujours été ce repas vespéral. Les jeunes et moi nous voyons un peu plus, mais les horaires de Barbe Bleue étant ce qu'ils sont, pendant longtemps, ce fut la seule demi-heure où il voyait ses enfants.

Aujourd'hui, ils ont grandi et je ne les emmène plus "au dodo" (Family joke) dès le repas terminé. nous partageons un moment dans le salon, autour d'un film ou d'une série, qu'ils ne voient d'ailleurs pas jusqu'au bout.

Nous nous refusons farouchement (Enfin, surtout moi, mais Barbe Bleue est globalement d'accord avec mon opinion) à avoir par exemple des TV dans les chambres. Au grand désespoir de mes ados, évidemment, mais quand je leur explique les raisons de ce choix, ils le comprennent tout à fait. Même si c'est parfois à contre-coeur.

Je vois autour de moi des enfants de 10 à 13 ans dotés de ces engins. On ne les voit pas. la soirée, c'est chacun de son côté, un parent dans le salon, l'autre ailleurs, les enfants chacun dans la leur. Je me doute bien que quand mes propres ados grandiront encore un peu, c'est ce qui risque d'arriver, mais pour l'instant, ce schéma délétère, nous l'évitons comme la peste.

Elle est où la vie de famille ? Quand tu n'es jamais ensemble, quand tu ne fais aucun effort parce que tu privilégies toujours tes goûts personnels, quel est donc l'héritage affectif et culturel (Au sens de la culture commune, des us et coutumes familiaux) que tu vas laisser à tes enfants ? 

Je vois des familles, où présumées telles, qui ne sont sont que des juxtapositions de vie cohabitant sous le même toit. Voilà pourquoi, pendant des années, je n'ai pas voulu/pu reprendre certaines activités sportives. j'estimais que mes enfants, qui avaient déjà passé une longue journée hors de la maison, avaient bien droit à un peu de calme chez eux, même si nous n'étions pas dans la même pièce. L'heure des confidences nait souvent par hasard d'un enfant qui vient te voir dans la cuisine, et discute une demi heure avant d'en arriver au vrai objet de sa présence dans ce lieu dangereux où l'on peut te demander de vider le lave-vaisselle ou de mettre la table (Mais aussi de lécher un pot ou de goûter cette chose délicieuse, là, dans la casserole).

Il me semble avoir bien plus donné à mes enfants de cette manière-là qu'en leur donnant tout ce qu'ils veulent au moment où ils le veulent. Ils ont découvert les joies de l'attente (C'est loiiiin, mon anniversaire), les menus désagréments de s'entendre dire que non, ils ne sont pas ces êtres parfaits qui ont toujours raison et j'espère contribuer à en faire de futurs adultes pas trop gâtés, qui ne pensent pas être le centre du monde même s'ils sont mon soleil double, et qui surtout savent à quel point on les aime.

Voilà pourquoi, un soir par semaine plus le week-end, je continuerai à choyer, bichonner et faire grandir ce qui fait la chaleur d'un foyer : L'esprit de famille.